« Attirer, motiver et fidéliser : le trio gagnant ? » – 19 mars 2026
Le jeudi 19 mars 2026, le projet SynDigitalPro a organisé une journée dédiée aux métiers de la santé au Centre Level’Up d’EpiCURA à Baudour (Belgique), dans le cadre du module 3 du programme SynDigitalPro. Articulée en deux temps — un séminaire stratégique le matin (10h-12h) et un Job Day l’après-midi (13h-17h) — cette journée avait pour ambition d’apporter des réponses concrètes à la pénurie de professionnels de santé qui fragilise les territoires transfrontaliers.
La matinée a réuni étudiants, jeunes diplômés, établissements de soins et acteurs de la formation autour d’une réflexion commune : comment attirer les futurs professionnels de santé, renforcer leur engagement et favoriser leur fidélisation ? Deux approches complémentaires ont structuré les échanges : des regards croisés mettant en perspective les attentes des nouvelles générations face aux enjeux de recrutement des établissements, et des expertises transfrontalières issues de la HEPH-Condorcet (Belgique), de la Hogeschool VIVES (Belgique) et de l’Hôpital Villiers Saint Denis (France).
Après l’accueil des participants à 9h30, Antoine Bauthier, Directeur Général du CSD, a ouvert la journée à 10h00 par un mot d’introduction rappelant l’urgence d’agir face aux tensions croissantes sur les ressources humaines dans le secteur des soins, et l’importance d’aborder cette problématique de manière collective et transfrontalière.
À 10h05 a débuté la séquence centrale de la matinée, fondée sur quatre capsules vidéo réalisées à partir d’interviews d’étudiants et de jeunes professionnels de santé. Chaque capsule était suivie d’une réaction en direct des professionnels présents sur scène : Magalie De Pauw (VIVES), Ingrid Leclercq (HEPH-Condorcet) et Lucie Augerie (CSD).
Ce format original a permis de confronter directement la parole des étudiants et jeunes diplômés — leurs motivations, leurs doutes, leurs attentes vis-à-vis des établissements employeurs — aux réalités quotidiennes vécues par les professionnels en exercice. Les échanges ont mis en lumière un écart parfois significatif entre les représentations que se font les jeunes des métiers de la santé et les conditions réelles de travail, tout en révélant de nombreux points de convergence autour des valeurs du soin, du sens au travail et du besoin de reconnaissance.
À 10h50, Ingrid Leclercq, Directrice du département des Sciences de la Motricité à la HEPH-Condorcet, et Jean-Denis Vandamme ont pris la parole pour dresser les constats actuels et proposer des pistes de solutions pour attirer les futurs étudiants vers les formations de santé.
Ingrid Leclercq a d’abord présenté la HEPH-Condorcet dans ses grandes dimensions : un établissement d’enseignement supérieur implanté sur 10 sites en Province de Hainaut, accueillant près de 10 000 étudiants et quelque 1 000 enseignants, avec une allocation annuelle globale de près de 61 millions d’euros. L’offre de formation, forte de plus de 100 programmes allant du bachelier au master, couvre des disciplines aussi diverses que la santé publique, les sciences de la motricité, les sciences économiques, les arts appliqués ou encore les sciences de l’enseignement.
Le département des Sciences de la Motricité — directement concerné par le projet SynDigitalPro — a été présenté plus en détail. Il regroupe quatre filières : Ergothérapie (347 étudiants), Kinésithérapie (1 225 étudiants), Podologie (56 étudiants) et Psychomotricité (71 étudiants), répartis sur les campus de Montignies-sur-Sambre et de Tournai. Plusieurs projets dynamiques y sont menés en parallèle, dont la participation au projet Interreg SynDigitalPro en ergothérapie, un projet de recherche en kinésithérapie respiratoire, des collaborations avec les pôles territoriaux et la Foot Clinic en podologie.
L’intervention a également mis en avant les nombreuses co-diplômations développées par la HEPH-Condorcet avec d’autres institutions, ainsi que la richesse des services proposés aux étudiants (accompagnement psychosocial, aide financière, promotion de la réussite, cellule entrepreneuriat, relations internationales, soutien aux étudiants à besoins spécifiques) et aux enseignants (appui pédagogique, formation continue, recherche appliquée). Ces atouts ont été présentés comme des leviers concrets d’attractivité pour les candidats aux formations de santé.
Dans la continuité, Magali de Pauw, sage-femme et responsable du programme de formation des infirmières à la Hogeschool VIVES (Belgique), a exposé la perspective flamande sur les défis de recrutement et les leviers de fidélisation dans les formations de soins infirmiers et paramédicaux.
Son intervention a mis en évidence les attentes spécifiques des étudiants néerlandophones, leur rapport au terrain clinique dès les premières années de formation, et les stratégies pédagogiques mises en place par VIVES pour renforcer l’engagement des apprenants et leur ancrage dans la réalité professionnelle. La dimension transfrontalière a été soulignée comme un enrichissement mutuel, notamment en ce qui concerne les pratiques de supervision, d’encadrement et d’intégration en milieu de soins.
À 11h30, Aurélie Siconolfi, Adjointe à la Direction des Ressources Humaines à La Renaissance Sanitaire (LRS) – Hôpital Villiers Saint Denis (France), a apporté la vision d’un établissement de soins employeur. Son intervention a abordé les stratégies RH déployées pour attirer, intégrer et fidéliser les professionnels de santé dans un contexte de tension persistante sur le marché de l’emploi.
Aurélie Siconolfi a notamment évoqué l’importance d’une politique d’accueil et d’intégration structurée pour les nouveaux recrutés, le développement de parcours de formation interne valorisants, et la nécessité de travailler sur la qualité de vie au travail comme facteur de rétention. Elle a également insisté sur l’intérêt de construire des ponts plus solides entre les établissements de formation et les établissements de soins, pour que les étudiants se projettent plus naturellement vers les métiers et les employeurs du secteur.
La matinée s’est conclue à 11h50 par l’intervention de Thierry Vermeeren, CEO de Welinkcare. Sa conclusion a synthétisé les principaux enseignements de la journée autour du « trio gagnant » mis en question par le titre du séminaire : attirer, motiver, fidéliser. Il a souligné que ces trois dimensions sont indissociables et appellent une réponse coordonnée entre formations, établissements et politiques publiques.
Ce séminaire a mis en évidence un large consensus sur la nécessité d’agir simultanément sur plusieurs leviers : rendre les formations plus visibles et attractives, renforcer le lien entre le monde académique et le terrain, améliorer les conditions d’accueil et d’exercice des professionnels, et valoriser davantage les métiers du soin auprès du grand public. Les contributions recueillies viendront alimenter les travaux du projet SynDigitalPro, notamment en vue de l’élaboration de recommandations transfrontalières concrètes au service de l’attractivité et de la fidélisation dans les secteurs de la santé et du médico-social.
L’après-midi a été consacrée au Job Day (13h-17h), offrant un espace de rencontres directes entre étudiants, jeunes diplômés et recruteurs des établissements de soins partenaires du projet SynDigitalPro. Ce moment d’échange concret a constitué un prolongement naturel des réflexions de la matinée, en donnant corps aux intentions exprimées lors du séminaire.